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Dans un supermarché
C’était un homme assez quelconque. Il semblait avoir environ 40 ans, un léger embonpoint, les cheveux en bataille. Il se rendit devant les caisses de ce petit supermarché de quartier et d’une fois forte, annonça : “ Excusez-moi, mesdames et messieurs. Je vais vous demander de vous diriger dans le calme vers la sortie du supermarché. Vous pouvez partir avec vos courses. Ne passez pas en caisse. Merci de votre assistance.” Les rares clients présents se regardèrent d’un air circonspect. Les membres du personnel se dirigèrent vers lui d’un pas assuré. L’homme leur sourit et lorsqu’ils furent proches, il leur prononça à voix basse quelque mots. Les membres du personnel se regardèrent avec horreur et firent sortir les clients avec leur panier.
Dix minutes plus tard, trois policiers pénétrèrent dans le supermarché, l’arme au poing. L’homme les salua de la main, un léger sourire sur le visage. “Bonjour, messieurs de la maréchaussée. Je porte sur moi cinq kilos de semtex.”, dit-il en ouvrant son grand manteau noir.” De quoi réduire ce bâtiment et tous ceux qui seraient dedans en particules minuscules. Le détonateur est relié à tout un tas de circuits électroniques branchés sur mon humble personne. Si je venais à trébucher, si mon cœur venait à s’arrêter, si je venais à être bousculé d’une quelconque manière, la charge explosive serait activée. Je vous conseille donc de sortir aussi rapidement que possible. Vous me ferez parvenir un téléphone portable afin que nous puissions discuter, vous et moi. J’ai des demandes qui vont vous paraitre intéressantes.”
L’agent chargé de communiquer avec le forcené s’arrachait les cheveux. Ce dernier n’avait demandé ni véhicule pour s’enfuir, ni une quelconque somme d’argent. Il n’avait pas non plus jeté le moindre coup d’œil aux caisses. Il était simplement assis par terre, le téléphone fourni par les policiers à l’oreille et une tablette sur les genoux. Il avait, pour l’instant, exigé uniquement qu’au moins deux équipes de médias viennent filmer et rendre compte de la crise en cours. Il avait donné vingt minutes pour être satisfait. Le policier le vit se lever, aller dans le rayon confiserie et manger une barre chocolatée.
“Ici, Marcel Schmidt, pour BMCI. Pour le moment, de leur propre aveu, la police attend toujours de connaitre les revendications du forcené. Je vois un policier se diriger vers nous. Il semble que nous allons avoir plus d’informations.”
Cinq minutes plus tard, l’ensemble des médias présents annonçait que le criminel demandait que son message soit diffusé sur les ondes. Il demandait à tous les gens du quartier de venir faire leurs courses, gratuitement, jusqu’à ce que le magasin soit entièrement vidé de sa marchandise. Il précisait que chacun devait prendre seulement ce dont il avait réellement besoin, afin de permettre au plus grand nombre d’en profiter.
Vingt minutes plus tard, une première jeune femme se présenta au supermarché. Elle avait perdu son emploi, il y a trois semaines, et n’avait pas mangé depuis deux jours. Elle pensait n’avoir rien à perdre. Elle fut suivie par un couple, puis un homme et après cinq minutes le magasin était blindé de monde. La ruée dura plusieurs heures. Les gens venaient, se servaient et partaient en remerciant l’homme assis par terre. Il se contentait de leur sourire paisiblement.
Lorsque tard dans la nuit, la foule s’était enfin dispersée, l’homme se leva. Il se dirigea vers la sortie du supermarché enfin vide. Il passa entre les policiers en souriant. Il alla glisser quelques mots à chacun des présentateurs des chaines d’information présentes, alla tapoter l’épaule du négociateur et monta dans une voiture garée là depuis le début de la crise. Le négociateur donna l’ordre à tous les agents de rester sur place.
Une heure plus tard, lorsque les policiers pénètrèrent enfin dans le supermarché, ils trouvèrent le manteau du forcené. A l’intérieur, ils trouvèrent ce qui avait été pris pour de l’explosif. Après analyse, il se rendirent compte qu’il s’agissait simplement de pate à modeler.
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